alloé : résonance d’une exaltation

alloé (pour allez, on écrit), est un projet qui consiste à écrire un roman collaboratif en un weekend (48 heures), et qui s’est déroulé le weekend des 20 et 21 octobre.

C’est un projet qui m’a été inspiré il y a une année lors de ma participation à NiaD (Novel ia Day), un projet qui existe depuis plusieurs années et qui consiste à écrire un roman collaboratif en 24 heures. L’expérience avait été pour moi très enrichissante (cf cet article). Une année est passée, avec dans mon inconscient l’envie de reproduire ce concept en version française.

Début septembre, j’ai donc commencé à réfléchir, organiser mes idées afin d’envisager l’histoire que je voulais raconter. Je n’ai pas eu besoin de chercher bien longtemps, mon cerveau était déjà au travail depuis des mois. Je me suis tourné tout naturellement vers l’univers d’heroic-fantasy que je développe depuis des années et dans lequel je suis en train d’écrire mon premier roman. Un petit village m’intriguait depuis longtemps, je savais ce qui s’y tramait mais je n’étais jamais allé fouiller en détails. C’est donc tout naturellement que je me suis attelé à développer une trame avec ce village comme point de départ.

Tout s’est ensuite mis en place très rapidement : le 26 septembre, j’avais peaufiné les plateformes internet. Elles étaient prêtes, et j’ai pu officiellement lancer ce projet. Je savais qu’il fallait être rassurant envers les potentiels participants : écrire un chapitre de plus ou moins 2000 mots en un weekend, je sais que cela peut effrayer. Je tenais donc à proposer un site internet clair, épuré, agréable, dans lequel se trouvait le strict minimum pour ne pas se perdre.

À la différence du NiaD, j’ai préféré opter pour un projet qui se déroulerait en 48 heures au lieu de 24 heures : incertain quant à ma propre organisation, et pas envie que ce projet, premier du nom, soit porteur d’un stress quelconque. Finalement, c’est un choix que je ne regrette pas : un weekend, c’est bien.

Un petit mois s’est écoulé, et j’ai reçu des inscriptions au fur et à mesure. À ma grande surprise, elles arrivaient de toutes parts : des amis, de la famille, des membres du groupe ScrivenerFR, d’autres personnes que je ne connaissais pas… Un bon petit groupe s’était formé, et j’ai pu revoir mes ambitions à la hausse. Mon histoire allait pouvoir se complexifier quelque peu. Chouette !

Ce vendredi 19 octobre, en rentrant du boulot, j’ai vite compris que ma journée n’était pas terminée : j’ai eu le plaisir de constater l’arrivée de plusieurs inscrits de dernière minute mais il fallait de nouveau adapter l’histoire en conséquence. Une fois les modifications effectuées, le weekend était officiellement lancé. Sensation étrange : plus de vingt personnes se sont inscrites, autant de personnes prêtes à écrire, qui m’offrent leur confiance et acceptent de plancher sur seule base de mes indications. Est-ce que j’ai suffisamment préparé mes fiches ? C’est ma première fois, j’espère que je n’ai rien oublié. J’espère que mes indications sont suffisamment claires. C’est la tête pleine de doutes que je vais me coucher, ambiance teintée cependant de l’excitation des projets fraîchement lancés.

La journée du samedi est intensive, je suis en plein déménagement et je vadrouille toute l’après-midi pour aller chercher un meuble par-ci, un four par-là, quelques planches pour faire des étagères. Le smartphone est une merveilleuse invention : je parviens à répondre assez rapidement aux premières questions qui me parviennent. Ouf, soulagement : l’alloé est bel et bien réaliste, la mayonnaise prend ! Les participants se sont effectivement emparés de mes indications et ont commencé à rédiger leur chapitre ! Mes doutes s’envolent, et je savoure ce moment : c’est la cristallisation du lancement de ce projet, c’est la raison d’être de l’association que j’ai créée, j’y suis enfin. Je donne à écrire. Notez que je n’en tire aucune gloire, que mon égo n’a pas triplé de volume, ce que je ressens est tout simplement une profonde sensation de bonheur.

Samedi soir, concert d’Hubert-Félix Thiéfaine à Lille, je laisse le smartphone dans la poche et je profite à fond. Soirée mémorable ! Fin du concert, retour à la maison, retour à l’alloé.

Les premiers chapitres sont arrivés, et c’est un palier supplémentaire qui est franchi dans mes émotions : le bonheur se transforme en une exaltation émue. Je prends la pleine mesure de l’acte qui est en passe d’être accompli, des (plus ou moins) inconnus ont pris mes indications et ont effectivement écrit un chapitre. Chapitre qu’ils m’ont envoyé, avec pour la plupart un petit mot qui dit en substance : « j’espère que ça colle avec ce que tu avais demandé ». Je suis traversé d’une nouvelle vague d’émotions, je ne peux m’empêcher de prendre du recul sur cette démarche collective qui est née de la façon la plus naturelle du monde un mois plus tôt, et qui est alors en train de se concrétiser sous mes yeux !

Je vais me coucher beaucoup trop tard, puis je me réveille dimanche matin beaucoup trop tôt. Je jette un oeil à l’heure : j’ai dormi à peine quatre heures mais je me suis levé d’un bond, comme monté sur ressorts. La fatigue n’a plus cours à ce moment-là, seule l’excitation nerveuse, qui se charge de lâcher régulièrement un shoot d’adrénaline dans ma circulation sanguine, me guide à travers les différentes étapes de cette journée.

Entre deux montages d’étagères, entre deux déplacements de cartons, je continue à assurer l’accompagnement des alloéens en répondant aux questions, rassurant ceux qui doutent, proposant des conseils à ceux qui en demandent. Les chapitres continuent à affluer, et je me rends compte que mon organisation laisse à désirer, alors je me plonge dans Scrivener pour préparer un petit nid douillet qui va accueillir tous les chapitres et me permettre de préparer la publication du livre numérique. L’après-midi avance doucement, puis le début de soirée.

Soit dit en passant : Scrivener est une véritable merveille. Sans ce logiciel, je pense que ce type de projets n’est tout simplement pas possible dans ces mêmes contraintes de temps.

Je commence à recevoir quelques retours enthousiastes, quelques photos, les alloéens semblent avoir apprécié l’expérience et me font part du plaisir éprouvé à la réalisation de leur contribution. Je suis aux anges ! C’était l’objectif principal de toute cette aventure, s’amuser autour de l’écriture. Découvrir un univers, des personnages pour les participants, découvrir des styles d’écriture, des personnalités pour moi.

Il manque quelques chapitres, mais je ne m’inquiète plus. Ils arriveront, avec un peu de retard peut-être, mais j’ai déjà tellement de choses à faire que cela n’a aucune importance. Et puis le doute m’assaille de nouveau : tous ces gens qui m’ont fait confiance, qui ont passé des heures à écrire, m’ont envoyé leurs productions. Et si mon histoire était bancale ? Incompréhensible ? Et s’ils étaient déçus du résultat ? J’essaie de chasser ces pensées mais elles demeurent dans un coin de ma tête, puis deviennent une force motrice.

Je m’étais réservé le dernier chapitre où convergent les lignes narratives, car je ne parvenais pas à trouver un moyen clair et efficace de le décrire pour le confier à quelqu’un d’autre, mais je reprends le clavier et j’en ajoute un autre. Un avant-dernier. Tant pis, j’aurai écrit les deux derniers chapitres, et je les aurai écrits un peu trop rapidement à mon goût, mais je les trouve finalement nécessaires.

Je prends Photoshop et réalise la couverture du livre. Chloé a réalisé un travail magnifique, je ne sais pas comment la remercier. Elle aussi, elle m’a donné sa confiance, avec enthousiasme et sérénité, plusieurs jours avant le weekend de l’alloé.

Les chapitres continuent à arriver, ils s’accumulent, je n’ai pas le temps de tous les traiter au fur et à mesure. En attendant, la couverture est prête. Il faut maintenant peaufiner la configuration de Scrivener : ce logiciel peut, en un clic, compiler tous les chapitres et en faire un ebook de bonne qualité. Seul souci : il faut d’abord le configurer ! J’aime particulièrement cette étape, car elle permet à la créativité et à l’imagination de se reposer quelque peu. C’est de la configuration technique pure et simple, on modifie un paramètre, on regarde ce que ça donne, on retouche, on rééssaie, jusqu’à obtenir quelque chose de satisfaisant.

Oups, il est 23h30. J’avais promis de livrer le livre terminé à minuit, il est clair que je ne pourrai pas être dans les temps. En plus de ça, deux chapitres manquent à l’appel, mais je sais qu’ils arriveront car j’ai eu des nouvelles des auteurs qui m’ont dit qu’ils auraient du retard. Pas de souci. Un troisième chapitre m’inquiète : l’auteur ne m’a pas donné signe de vie depuis son inscription. Je lui envoie un mail de relance pour savoir si tout va bien, mais il ne me répond pas. Tant pis, la règle était claire : si chapitre pas écrit, chapitre pas écrit ! À la place, il y aura la fiche de renseignements que j’ai préparée.

(ajout a posteriori : Philippe Auffret, un participant, m’a proposé de s’emparer du chapitre manquant dans l’après-midi du lundi 22. Grâce à lui, nous aurons un livre complet !)

J’envoie un mail aux participants pour leur dire que l’ebook arrivera avec un peu de retard : je n’ai pas la prétention de relire 50.000 mots pour en corriger les fautes, mais je me dois de relire une ou deux fois tous les chapitres, au moins en diagonale, pour m’assurer que le fond est cohérent avec le reste de l’histoire. Pour la forme, c’est réglé en deux coups de cuillère à pot avec Scrivener qui me permet de faire des modifications à la volée et en grande quantité.

Je me lance donc dans une « petite session » où j’alterne la technique avec la compilation, et la relecture des chapitres. Je relis, je coupe, je modifie quelques mots, je corrige des noms par-ci, par-là… Et je finis la rédaction de cet article. Nous sommes lundi 22 octobre, est 7h du matin, et je pense que l’alloé sera publié dans la journée. Je m’endors ce matin en réalisant que nous étions une vingtaine, et que nous avons vécu ensemble une merveilleuse aventure d’écriture collaborative ! Le bonheur, tout simplement.

Cet article a 1 commentaire

  1. Faudra que j’aille lire ça 🙂

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